Samedi 23 Septembre 2017

Angola : un pouvoir immensément riche, mais qui a peur…

Angola : un pouvoir immensément riche, mais qui a peur…
(Médiapart 12/05/17)

Seconde partie de l’entretien avec un des meilleurs spécialistes de l’Afrique Lusophone, Michel Cahen, directeur de recherche CNRS à la Casa de Velázquez (Madrid) et à l’Instituto de Ciências Sociais (Lisbonne). Cet entretien a eu lieu au mois de mai et éclaire la passation de pouvoir entre Dos Santos et Lourenço son ministre de la défense. La première partie sur l'Angola est parue hier.

Q. : Peux-tu nous rappeler le processus de décolonisation en Angola ?
Comme on le sait, le 25 avril 1974 un coup d’état militaire a mis à bas le régime fasciste portugais qui était au pouvoir depuis 1930. L’armée a pris le pouvoir parce qu’elle était épuisée par dix ans de guerre coloniale. En Angola, les Portugais tenaient le coup militairement parce que les mouvements de libération étaient divisés et se faisaient la guerre, autant entre eux que contre les Portugais.

Il s’agissait du MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola) d’une part, qui était principalement implanté dans les zones Mbundu, dans les classes moyennes et le petit peuple urbain de la capitale Luanda, et d’autre part du FNLA (Front National de Libération de l’Angola) qui était issu d’une formation Bakongo liée à une branche de l’ancienne famille royale Kongo et soutenu par Mobutu (Zaïre) et par les Américains.

En 1965 un troisième mouvement était apparu, l’UNITA (Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola) qui était une scission du FNLA et qui était formé principalement de ressortissants du grand peuple du centre sud de l’Angola, les Ovimbundu. Mais en citant ici des noms de nations précoloniales, je ne suis pas en train de dire que ces trois mouvements furent des mouvements strictement ethniques, ils ont tous des trajectoires historiques dans un espace angolais qui n’était absolument pas national. Les socialisations de leurs membres avaient été différentes, par exemple pour le MPLA il s’agit d’une population urbaine à Luanda, de vieilles élites créoles descendant de marchands d’esclaves africains, mais marginalisées par la colonisation.

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