Lundi 11 Décembre 2017

Macron à Alger en "ami" refuse d'être "otage du passé"

Macron à Alger en "ami" refuse d'être "otage du passé"
(AFP 06/12/17)

Le président français Emmanuel Macron effectue mercredi sa première visite en tant que président français en Algérie, où il dit se rendre "en ami" refusant d'être "otage du passé" douloureux entre Paris et son ancienne colonie.

M. Macron a fait un geste pour régler l'un des contentieux historiques entre les deux pays en annonçant qu'il était "prêt" à ce que la France restitue des crânes d'insurgés algériens tués au XIXe siècle par l'armée française et conservés au Musée de l'Homme à Paris.

"Je souhaite qu’on ravive la relation entre nos deux pays avec le travail mémoriel, que la restitution des crânes soit décidée", a-t-il déclaré dans un entretien accordé au site TSA (Tout sur l'Algérie).

"On a une histoire particulière, il ne faut pas qu'il y ait de tabou", avait auparavant expliqué le président français à un jeune Algérien croisé dans la rue du centre d'Alger qu'il a remontée à pied à la mi-journée.

"Je veux une France aux côtés de l'Algérie, une France qui aide à construire l'avenir de ce grand pays et qui aide la jeunesse à réussir. C'est une page d'avenir que je viens ouvrir avec cette nouvelle génération", a-t-il ajouté, sur fond de youyous descendant des balcons des vieux immeubles haussmanniens du centre d'Alger et dans une cohue bon enfant.

"C'est bien qu'un président nous parle. On n'a jamais connu ça avec les nôtres", constatait Yassine, trentenaire, parmi les badauds agglutinés derrière des barrières. "Vous avez de la chance, il est jeune votre président", commentait une Algérienne à l'adresse des journalistes français.

M. Macron a ensuite rencontré durant une heure son homologue Abdelaziz Bouteflika, 80 ans. Affaibli par les séquelles d'un AVC survenu en 2013, qui a affecté sa mobilité et son élocution, ce dernier, au pouvoir depuis 1999, reçoit peu de dignitaires étrangers.

La presse n'a pas eu accès à la rencontre. Une photo publiée par l'agence d'Etat algérienne APS montre les deux dirigeants assis, séparés par une petite table.

"Nous avons discuté de sujets internationaux de la décision que s'apprête à prendre le président américain Donald Trump (de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël), de trouver une solution à la crise en Libye, de la lutte contre le terrorisme dans la bande sahelo-saharienne", a dit M. Macron dans une brève déclaration à l'issue de la rencontre.

Dans une interview publiée mercredi par les quotidiens francophone El Watan et arabophone El Khabar, M. Macron avait indiqué se rendre à Alger "dans l’état d’esprit d’un ami de l’Algérie, d’un partenaire constructif".

Lors de son précédent séjour à Alger durant la campagne électorale française, M. Macron, premier président de la Ve République né après la Guerre d'Algérie (1954-1962), avait qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité", suscitant des espoirs de "repentance" à Alger.

A un journaliste algérien qui lui demandait mercredi si la "position du président Macron" était la même que celle du "candidat Macron" sur "la question de la mémoire", il a répondu "je ne suis pas quelqu’un d’incohérent. C’est le même homme qui vous parle". Mais il n'a pas répété ses propos de candidat.

- 'Longue attente, court séjour' -

Le président français s'est également dit partisan d'un "axe fort" franco-algérien "autour de la Méditerranée qui se prolonge vers l'Afrique" et a relevé les nombreux "champs de coopération prometteurs" dans le domaine économique.

"L'Algérie doit s'ouvrir d'avantage. Il y a encore beaucoup de freins à l'investissement", a-t-il noté, alors que la France reste le premier employeur étranger en Algérie mais perd des parts de marchés face à la Chine et d'autres.

Alors qu'Alger avait mal pris qu'Emmanuel Macron choisisse, dès début juin, le Maroc -voisin et rival- pour son premier déplacement au Maghreb, cette visite "d'amitié et de travail" était très attendue.

Elle ne durera finalement qu'une douzaine d'heures. "Longue attente, court séjour", résumait mercredi le quotidien francophone Liberté.

Lors de ses entretiens avec les dirigeants algériens, dont le Premier ministre Ahmed Ouyahia, le président français devrait notamment aborder les crises au Sahel et en Libye, qui préoccupent fortement Paris et Alger.

Emmanuel Macron veut accélérer le déploiement de la force multinationale G5-Sahel (Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso et Mauritanie) lors d'une réunion le 13 décembre à Paris.

Alger, qui dispose de nombreux relais d'influence dans la région, a parrainé les longues tractations ayant abouti en 2015 à un accord de paix au Mali, qui peine à être appliqué, suscitant l'impatience de Paris.

"J’attends une coopération totale de tous ceux qui partagent l’objectif d’une paix durable au Mali. Et en effet j’attends beaucoup de l’Algérie", a expliqué dans son interview matinale le président français qui s'envolera en fin de soirée pour une visite officielle de quelques heures au Qatar.

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