Vendredi 20 Octobre 2017

Un jeune écrivain accusé de blasphème en Algérie

Un jeune écrivain accusé de blasphème en Algérie
(Libération 17/03/17)
Anouar Rahmani, étudiant en droit et romancier

Anouar Rahmani, étudiant en droit et romancier, fait l'objet d'une enquête pour atteinte à la religion. En cause, des passages de son ouvrage «la Ville des ombres blanches», publié sur sa page Facebook.

Il a été convoqué le 28 février par la police judiciaire de Tipaza, à 70 kilomètres d’Alger, où il a dû s’expliquer sur des passages de son roman. Anouar Rahmani s’est retrouvé face à sept policiers. Ils lui ont posé des questions sur ses croyances, ses pratiques religieuses et un peu sur son livre, d’après le récit qu’il a fait à Human Rights Watch. Dans l’un des chapitres de la Ville des ombres blanches, publié sur Facebook en août 2016, un enfant discute avec un sans domicile fixe qui se fait appeler «Dieu» et affirme avoir créé le ciel avec du chewing-gum. Le roman raconte également une relation homosexuelle entre un combattant pour l’indépendance de l’Algérie et un colon français pendant la guerre.

Les policiers ont fait signer à Anouar Rahmani un procès-verbal après dix heures d’interrogatoire. Le document précise qu’il fait l’objet d’une enquête en vertu de l’article 144 bis du code pénal algérien : il risque entre trois et cinq ans d’emprisonnement et 100 000 dinars d’amende, soit environ 850 euros, pour «offense au Prophète» et «dénigrement du dogme ou des préceptes de l’islam». Anouar Rahmani a été laissé en liberté dans l’attente de la décision du procureur de l’inculper ou non. L’auteur, qui écrit aussi pour le quotidien El Watan, affirme avoir déjà été menacé et dénigré sur Internet et dans les médias algériens pour avoir soutenu la cause LGBT et défendu l’idée que le recours à la religion ne peut justifier une restriction des droits humains.
Musellement de la liberté d’expression

Selon Anouar Rahmani, son cas est une première en Algérie, qui continue de durcir ses positions sur le blasphème : «Ce serait la première fois qu’un écrivain comparait devant un tribunal pour ce qu’il a écrit dans une œuvre de création», explique-t-il le 1er mars sur son compte Facebook. Human Rights Watch, qui demande l’abandon des poursuites, rappelle que l’article 42 de la Constitution algérienne est supposé garantir la liberté de pensée et de conscience, et l’article 44 protéger la liberté «de création artistique». L’ONG affirme par ailleurs que «les lois qui pénalisent la diffamation de la religion ou des organisations religieuses sont incompatibles avec les normes internationales de la liberté d’expression». Un message qui passe difficilement en Algérie.

L’écrivain a rejeté en bloc les accusations, notamment celle d'«atteinte à l’entité divine et à la religion», rappelant que son roman ne parle pas directement de Dieu, mais d’une personne se faisant passer pour un dieu. Les policiers estiment de leur côté que le ton ironique du roman constitue «une insulte à l’égard de l’islam» et accusent Rahmani d’employer des termes «sexuels, contraires aux bonnes mœurs». L’auteur y voit «une porte ouverte à toutes les répressions» dans son pays.

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