Jeudi 23 Novembre 2017

Nadia Yala Kisukidi : "Nous devons rebâtir l'Afrique, d'Alger à Cape Town"

Nadia Yala Kisukidi : "Nous devons rebâtir l'Afrique, d'Alger à Cape Town"
(Le Point 14/11/17)

Dans le droit fil de la "laetitia africana", la philosophe donne au retour de la diaspora sur le continent un sens politique majeur. La jeune (toutes proportions gardées) agrégée et docteur en philosophie, maître de conférences à l'université Paris-8 Vincennes St Denis, née d'un père congolais et d'une mère franco-italienne, avait marqué la première édition des Ateliers de la pensée en suggérant le terme de « laetitia africana ». Difficile de le traduire par « joie africaine » quand le concept est là pour « prendre le contrepied d'un discours qui se centre sur les affects de la mélancolie du manque », explique Nadia Yala Kisukidi de retour dans la capitale sénégalaise.

Mais à l'écouter poursuivre, il devient évident que sa proposition a été plus qu'entendue et que le crû 2017 des Ateliers aura répondu à son appel : « s'engouffrer dans un ensemble de pratiques critiques qui fortifient et appellent à créer de nouvelles formes d'orientations, utopiques au regard d'un ensemble de problèmes posés ». Cet élan à dépasser les affects négatifs, la jeune femme le conjugue en tant que membre de la diaspora afrodescendante : « un des enjeux de la laetitia africana pourrait être la productivité politique de l'expérience et de la vie diasporique. Car si l'attention est portée sur les mouvements de migrations de l'Afrique vers les pays riches, il existe aussi dans la diaspora ceux qui préparent le retour sur le continent ».

Recréer des lieux habitables

Parmi eux, la philosophe ne cache pas la part embourgeoisée qui trouve là à satisfaire un « rêve romantique », mais insiste sur le fait qu'il s'agit bien au bout du compte de recréer des lieux « habitables » puisque les gens n'y restent plus. « Le retour est politique : nous devons réparer des espaces, avec une idée panafricaine. Nous devons rebâtir l'Afrique d'Alger à Capetown. »

Nadia Yala Kisukidi explique aussi, dans son propre parcours, comment la question de l'Afrique ne lui a jamais été indifférente, et comment aujourd'hui, sa génération avance avec cette sorte d'arrogance positive, "évitant d'avoir à quémander des brevets de reconnaissance." À propos du titre de sa communication aux Ateliers cette année, elle définit la notion de « communauté absente » dont sa vie diasporique contient l'expérience. Cette absence devient génératrice de création ; « concrètement, il s'agit de bâtir des programmes, des partenariats, de mener des travaux avec des étudiants sur le continent depuis ma situation institutionnelle ». Voilà une de ces voix qui ont entendu celle de Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir. »

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