Mardi 17 Octobre 2017

Le gouvernement débloque 3 milliards de dollars pour l' AADL : l'habitat encore et toujours

Le gouvernement débloque 3 milliards de dollars pour l' AADL : l'habitat encore et toujours
(L'Expression (alg) 17/06/17)
Des logements sociaux.

Le gouvernement sauve des milliers d'emplois, donne un plan de charge pour des milliers d'entreprises et concrétise une promesse électorale du président de la République.

Le Premier ministre a fixé ses priorités. Un mois à peine après son installation au Palais du gouvernement, il concrétise sa première grande promesse, à savoir un soutien sans réserve au secteur de l'habitat. La signature de l'accord-cadre entre le ministère de l'Habitat et le Crédit populaire algérien pour le financement de 120.000 logements de la formule Aadl, est un signal majeur de la détermination du nouveau gouvernement à ne pas sacrifier l'immense chantier du logement sur l'autel de la crise financière. Le montant de l'enveloppe consacrée au programme est impressionnante, compte tenu de la situation de la trésorerie du pays. Pas moins de 329 milliards de dinars, quelques chose comme 3 milliards de dollars, seront donc injectés dans le bâtiment pour être consommés dans un délai de 18 mois. Ce sont là, les grandes lignes d'un accord-cadre qui donne toute sa crédibilité à la parole du Premier ministre, mais amène tout de même à se poser des questions sur la pertinence d'une pareille démarche au moment où les finances du pays sont au plus mal.
Le questionnement peut paraître justifié, voire légitime, dans la bouche d'économistes, partisans des équilibres budgétaires. Ces experts craignent, disons-le, à juste titre, le creusement des déficits et, partant un déséquilibre des indices macroéconomiques. On ne peut pas mettre, disent certains observateurs, autant d'argent sur un investissement, dont la rentabilité n'est pas garantie à court et moyen terme. Mieux, sur les 329 milliards de dinars, près de la moitié seront dépensés en subventions, donc directement supporté par le Trésor public.
Un financement aussi lourd pourrait, à terme, gager la viabilité du CPA, si cette institution financière ne parvient pas à récupérer la quote-part due à l'Etat, sachant d'ailleurs que le prêt court sur plus d'une vingtaine d'années, sur un secteur où les réévaluations des investissements sont légion.
Le gouvernement va-t-il droit dans le mur en jouant la carte du volontarisme jusqu'au bout? En fait, les données du problème ne relèvent pas simplement de la macroéconomie ou du risque des déficits budgétaires. A voir de près, l'Exécutif semble savoir où il met les pieds. C'est ce que défendent les experts du gouvernement qui notent que cet investissement est comptabilisé en dinars dans une filière intégrée à plus de 90%, en matière d'intrants. Il faut savoir, à ce propos, que le secteur du bâtiment a remporté, haut la main, le défi d'en finir quasi totalement avec les importations des matériaux de construction.
De fait, une bonne partie de l'enveloppe dégagée par le CPA profitera exclusivement à des entreprises algériennes. Grâce à cette mégacommande, les cimenteries continueront à tourner à plein régime. De même pour les briqueteries et autres fournisseurs de matériaux entrant dans la réalisation des logements. Après l'assainissement de la situation financière pour les projets restés pendants, les 329 milliards de dinars devraient apporter un formidable souffle au secteur, dopant sa croissance et créant des emplois. Cette hypothèse sur laquelle compte le gouvernement est réaliste, insistent les experts, soulignant l'impératif soutien du Btph, jadis principal pourvoyeur de points de croissance et de postes de travail. Il serait «suicidaire» de laisser mourir la filière, en raison de ce que cela charrie comme complications sociales et économiques. De fait, le gouvernement ne jette pas de l'argent par les fenêtres, bien au contraire. Il sauve des milliers d'emplois, donne un plan de charge pour des milliers d'entreprises sur 18 mois et garantit le maintien au-dessus de la ligne de flottaison d'un secteur qui crée une véritable valeur ajoutée depuis la montée en intégration de la filière. Cet apport en argent frais pourrait même démentir les prévisions de la Banque mondiale qui table sur une croissance économique molle pour l'exercice en cours, puisque fixé à moins de 2% de croissance. Il est vrai que ce programme à, lui seul, ne peut pas se targuer de jouer le rôle de locomotive d'une économie en grand manque de financement, mais il est clair, cependant, qu'il aurait été triste de voir mourir une filière dont la capacité de production est montée en cadence d'année en année. Cela sans oublier la promesse électorale du président de la République qui a fait de la lutte contre la crise du logement l'une de ces principales priorités pour ce quinquennat.

Saïd BOUCETTA

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