Lundi 23 Octobre 2017

Bouteflika recadre sévèrement le Premier ministre : Fin de mission pour Tebboune ?

Bouteflika recadre sévèrement le Premier ministre : Fin de mission pour Tebboune ?
(L'Expression (alg) 09/08/17)
Le Président Bouteflika.

Dans une sortie pour le moins surprenante, Abdelaziz Bouteflika s’implique personnellement dans ce qu’il convient d’appeler une vraie cabale contre le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune que certains médias proches de la présidence mènent depuis quelques jours. Hier, on apprenait, via la chaîne Ennahar TV, que le patron d’El-Mouradia a démonté, une à une, toutes les mesures emblématiques prises par son Premier ministre depuis le 24 mai dernier.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Le média en question énumère une série de mesures du gouvernement qui ont «mécontenté» et «agacé» Bouteflika.
«Le Président Bouteflika a ordonné au gouvernement de mettre fin à l’anarchie créée par certaines de ses initiatives» ; «Le Président Bouteflika a ordonné au gouvernement de mettre fin au harcèlement contre certains hommes d’affaires» ; «le Président Bouteflika a ordonné au gouvernement de débloquer immédiatement les marchandises bloquées au niveau des ports», annonce, entre autres, affirmative, la chaîne Ennahar ! C’est déjà assez sévère comme réquisitoire contre l’actuel chef de l’exécutif et ce ne sera pas tout. Via le même média, Bouteflika fera également savoir qu’il a «reçu des rapports faisant état d’instructions verbales pour bloquer certains investissements (…) qu’il a reçu des rapports faisant état de pressions sur les walis pour accélérer les projets de logements LPP (…).
Bouteflika enfonce encore le clou lorsqu’il demande au gouvernement de cesser de donner une mauvaise image de l’Algérie auprès des investisseurs étrangers. Et, surtout, cette instruction : «Le Président Bouteflika a ordonné au gouvernement de cesser de faire de la publicité pour ses propres activités.» Pour qui connaît parfaitement le mode de raisonnement de l’homme, c’est cette dernière injonction qui explique le tout. Le tout, c'est-à-dire toute l’affaire Tebboune, depuis le 15 juillet à nos jours. Comment ? Eh bien, peut-on imaginer un seul instant un homme du sérail, à savoir Abdelmadjid Tebboune, qui accumule une grande expérience des affaires de l’Etat au bout d’un très long parcours dans la haute administration, comme chef de daïra, puis wali avant d’intégrer le gouvernement, une première fois déjà en 1991 sous Ghozali, puis deux fois sous Bouteflika, faire des fautes de débutant ?
Les mesures et les «initiatives» de Tebboune ne sont-elles pas, en fin de compte, celles prévues dans le plan d’action du gouvernement adopté en Conseil des ministres que préside Bouteflika ? N’ayant pas affaire à un novice, il est absolument certain qu’Abdelmadjid Tebboune n’a jamais agi de son propre chef, s’agissant des grandes décisions du moins, comme celle de mettre fin «à la confusion entre l’argent et la politique». Il l’avait même inscrit dans son plan d’action et déclaré publiquement lors de son premier passage à l’Assemblée en juin dernier, sans que personne trouve à redire. Bien au contraire, cela lui a valu un extraordinaire soutien politique et médiatique, quasiment un consensus national allant des partis et des médias du pouvoir aux plus irréductibles parmi l’autre bord, celui de l’opposition ! Des soutiens inattendus englobant des partis et des quotidiens nationaux pourtant foncièrement opposés au pouvoir. Cela sans compter l’extraordinaire soutien de l’opinion publique. Ce que Abdelaziz Bouteflika n’a jamais réussi à réaliser. Ce qu’il n’acceptera jamais aussi pour personne. C’est la montée en flèche de la popularité de Tebboune qui, en réalité, a agacé le grand patron !
Tout comme il vient d’ordonner au gouvernement de ne plus faire de publicité sur ses propres activités, Bouteflika avait, il faut bien le rappeler, obligé son ancien ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, d’accorder une interview à une chaîne de télévision française pour faire passer ce seul message : «C’est Son Excellence le Président Abdelaziz Bouteflika qui définit, conduit et oriente la diplomatie et la politique étrangère de l’Algérie.» Pourquoi cette précision ? Parce que Lamamra avait bonne presse auprès des médias, nationaux et étrangers, qui lui attribuaient le mérite d’avoir «boosté la diplomatie algérienne». Certains iront jusqu’à le présenter comme le… successeur de Bouteflika. Justement, le crime de lèse-majesté par excellence pour le patron d’El-Mouradia.
Au fait, deux «crimes de lèse-majesté» que Bouteflika ne tolère même pas : cette affaire de succession, sous quelque forme qu’elle soit présentée et qui a d’ailleurs coûté la «vie politique» à ceux qui étaient considérés comme ses plus proches comme Belkhadem, Amar Tou, Harraoubia, puis le fait de vouloir volontairement, ou pas, s’attribuer le mérite d’une quelconque bonne action.
Homme de pouvoir redoutable et exclusiviste, Bouteflika allait même supprimer la fonction de chef de gouvernement, n’était la maladie qui le surprendra en novembre 2005. Il le disait même publiquement : «C’est aberrant d’avoir deux chefs de l’exécutif.» Il préparait même le terrain à une révision constitutionnelle dans ce sens avec des déclarations similaires mais aussi des faits : en 2008, il ira jusqu’à interdire à tous les membres du gouvernement, y compris le chef de l’exécutif, de faire des déclarations. Au JT de l’ENTV, cela donnera lieu à des scènes burlesques où des ministres sont montrés en visite ou en pleines autres activités avec seulement l’image mais sans le son ! Plus crûment, et pour mieux saisir la conception de Bouteflika sur ce sujet, voilà ce qu’il répondait, en 2000 déjà, à une journaliste française qui, naïvement, lui faisait remarquer qu’il y avait beaucoup de similitudes entre le programme du gouvernement Benbitour et le sien : «Mais c’est qui, Benbitour. Il n’y a pas de similitudes entre le programme du gouvernement Benbitour et le mien. Il n’y a qu’un seul programme, c’est le mien. Et ce gouvernement n’est là que pour l’appliquer.»
Cela a le mérite de la clarté et c’est cette conception qui est toujours valable chez Bouteflika, à nos jours…

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