Samedi 16 Décembre 2017

Algérie : quand les jeunes scrutent Macron

Algérie : quand les jeunes scrutent Macron
(Le Point 06/12/17)
Le président français Emmanuel Macron

Attendu à Alger ce mercredi, le président français ne laisse pas indifférents les jeunes Algériens... surtout après sa sortie à l'université de Ouagadougou la semaine dernière. L'hypercentre d'Alger fait peau neuve en ce dimanche pluvieux. Les employés de la mairie d'Alger se sont attaqués de nuit aux terrasses installées par les cafetiers et les salons de thé des artères principales, les rues Larbi ben M'hidi (ex-rue d'Isly) et Didouche Mourad (ex-Michelet), aux dépens des gérants qui ne cachent pas leur colère, non informés de cette mesure radicale. « Raison de sécurité », se contentent de répondre les employés municipaux. « On parle d'un bain de foule pour le président français », laisse-t-on échapper à la mairie d'Alger-centre. Du côté de l'université Benyoucef Benkhedda, ex-Fac centrale, enceinte centenaire en plein cœur de la ville, et sous une pluie torrentielle, les travaux d'embellissement de la chaussée et de taille des arbres vont bon train. La rumeur algéroise prétend que la première dame, Brigitte Macron, effectuera une visite dans cette illustre université qu'elle aurait fréquentée par le passé.

Algérie, nouvelle génération

« On aurait plutôt préféré une conférence-débat avec Macron à la Fac centrale, comme à Ouaga… » commente Réda, jeune doctorant en littérature arabe qui ironise sur le travail acharné des employés de la mairie noyés sous la pluie. « Au moins, ils ont tout bien nettoyé, c'est déjà ça. » Qu'attend-il de la visite du président français ce mercredi 6 décembre à Alger ? « Franchement, pas grand-chose », tranche-t-il avec lucidité. « Macron est là pour les intérêts de son pays, pas pour le nôtre. » Sur le discours du président français à l'adresse de la jeunesse africaine sur la mémoire, la période coloniale et l'avenir, il porte aussi un regard sans concessions. « Je ne crois pas que son discours, aussi bienveillant soit-il, soit déterminant pour nous, ici. Nous devons régler d'abord nos problèmes nous-mêmes. Dans mon institut de langue arabe, je constate qu'on manque d'enseignants pour encadrer les post-graduations : Pourquoi ? Parce que la France a été “méchante” et a comploté contre la langue arabe ? Non, parce que nous n'avons pas bien géré la fac », résume le jeune homme, à l'aise en français comme en arabe ou en anglais.

« Pour moi, Macron est un impérialiste sexy ! » Souhila, 22 ans, étudiante en management et stagiaire dans une ONG, ne se fait, elle aussi, aucune illusion. « Il n'est pas différent de ses prédécesseurs, que ce soit sur le dossier des relations France-Algérie, ou sur les autres questions internationales : c'est de la realpolitik pure et dure. Mais Macron le dit autrement : il est jeune et moderne, donc ça passe mieux », analyse la jeune femme. « C'est pour cela que je ne crois pas à son discours sur la colonisation ou sur les jeunes… Mais j'avoue, c'est du super marketing. »
Une question mémorielle bien présente

Car au-delà de la lancinante question des visas et de la circulation des personnes, thèmes chers aux Algériens, en particulier aux jeunes qui cherchent des débouchés ailleurs, la question de la mémoire reste assez présente.

Sur les réseaux sociaux, le hashtag « pas de Macron en Algérie » s'accompagne d'images de la guerre d'indépendance algérienne ou des massacres du 8 mai 1945 à l'Est du pays. « À l'occasion de sa visite au Burkina Faso cette semaine, Emmanuel Macron a affirmé : “Je suis jeune, je suis comme vous, né après la colonisation, je ne vais plus être coincé avec les anciens chefs d'État africains.” » Selon le spécialiste français de l'Afrique Antoine Glaser, le président « refuse l'héritage du passé ». « Cette visite à Alger dira si c'est vraiment le cas », souligne le quotidien algérien El Watan dans son édition du week-end.

Pour le commentateur Lachemot Amar, trentenaire, journaliste free-lance arabophone, « Macron tient un double langage, car il doit tenir des équilibres entre différents courants de pensée en France. De plus, je pense que le président français a sous-estimé le poids de l'histoire dans l'imaginaire français et algérien. »

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