Vendredi 15 Décembre 2017

En Afrique du Sud, tous les moyens sont bons pour « dégager » Jacob Zuma

En Afrique du Sud, tous les moyens sont bons pour « dégager » Jacob Zuma
(Le Monde 14/04/17)
L’opposition manifestait à Pretoria pour faire tomber le président Zuma.

Le 12 avril, l’opposition manifestait à Pretoria pour faire tomber le président. A défaut d’y parvenir par la rue, elle compte sur un vote de défiance au Parlement.

Pour ses 75 ans, le 12 avril, on a apporté au président sud-africain un gâteau géant jaune-vert-noir, les couleurs du Congrès national africain (ANC), afin qu’il le découpe, comme le veut la tradition. Dans la tente plantée à Soweto, où est organisé l’anniversaire de Jacob Zuma, tout semble aller pour le mieux, à quelques détails près. On remarque les absents : le vice-président, Cyril Ramaphosa ; le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, le trésorier général du parti, Zweli Mkhize, ou encore la présidente de l’Assemblée nationale, Baleka Mbete. Mais on fait comme s’ils n’existaient pas.

On fait aussi comme si les dissensions au sein du parti au pouvoir depuis 1994 n’avaient pas atteint un stade critique. Depuis un an, pourtant, une partie de l’ANC regroupe ses forces pour tenter de pousser Jacob Zuma vers la sortie. L’ANC est déchiré, les « grands anciens », les barons des premières années de pouvoir et les cadres historiques du mouvement, semblent en majorité ligués contre le président. Mais celui-ci tient encore d’une main de fer les organes dirigeants du parti, il a créé ses propres obligés, ministres, députés, responsables des branches locales de l’ANC ou des provinces. Jusqu’à nouvel ordre, il semble indéboulonnable.

Il doit, selon le calendrier prévu, abandonner son rôle de président du parti à la fin de l’année, lors de la conférence nationale élective lors de laquelle la personne destinée à lui succéder sera élue. Sa candidate n’est autre que son ex-femme, Nkosazana Dlamini-Zuma. En face, les autres factions ont au moins un candidat, Cyril Ramaphosa, et quelques jokers. La conférence, organisée en décembre, soumettra le choix de l’équipe dirigeante aux branches locales de l’ANC. Le combat promet d’être rude, on s’oppose déjà dans les sections locales. Dans le Kwazulu-Natal, la région d’origine de Jacob Zuma – et le plus gros réservoir de votants –, on va jusqu’à s’entre-tuer.

Jacob Zuma tiendra-t-il jusqu’en décembre ? S’il y parvient, estiment ses ennemis, tout son système reprend un ticket de règne pour cinq autres années. Au sein de l’ANC comme dans l’opposition, ils essayent donc tous les moyens pour s’attaquer à lui. De son côté, le chef de l’Etat ne faiblit pas. Sa décision de limoger le ministre des finances, Pravin Gordhan, a été comprise comme l’ouverture d’une razzia en règle sur les finances publiques, avec la complicité des frères Gupta, ces hommes d’affaire d’origine indienne associés à divers membres de la famille Zuma et qui ont pris la main sur certaines décisions au plus haut niveau de l’Etat. On parle désormais de « capture d’Etat » et une partie du pays semble se soulever à cette idée.

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