Samedi 16 Décembre 2017

Afrique du Sud: la justice conclut au meurtre d'un militant anti-apartheid 46 ans après le drame

Afrique du Sud: la justice conclut au meurtre d'un militant anti-apartheid 46 ans après le drame
(AFP 12/10/17)
Un militant anti-apartheid mort en détention policière en 1971 a été tué par la police après avoir été torturé, a conclu jeudi la justice sud-africaine

Un militant anti-apartheid mort en détention policière en 1971 a été tué par la police après avoir été torturé, a conclu jeudi la justice sud-africaine, révisant la version officielle du suicide au moment du drame.

Le 27 octobre 1971, Ahmed Timol, un enseignant communiste, a été déclaré mort après s'être, selon la police, jeté du 10e étage du quartier général de la police à Johannesburg, célèbre pour être le théâtre d'interrogatoires musclés.

Sa famille n'a jamais cru à cette version et obtenu en 2017 la réouverture de l'enquête, une "première", a souligné jeudi le juge Billy Mothle devant la Haute Cour de Pretoria.

"Ahmed Timol n'a pas sauté mais a été poussé du bureau 1026 ou du toit" du commissariat, a déclaré jeudi le magistrat.

"Il ne s'est pas suicidé", a encore affirmé le juge Billy Mothle dans une salle d'audience comble. "Les membres de la branche sécuritaire de la police (...) ont tué Timol".

Le juge a en conséquence recommandé au parquet de poursuivre un policier, Joao Rodrigues, le dernier à avoir vu M. Timol vivant.

Les autres policiers impliqués dans son interrogatoire sont aujourd'hui décédés.

Lors de sa comparution devant le tribunal il y a plusieurs semaines, Joao Rodrigues a maintenu sa version des faits: Ahmed Timol a sauté de la fenêtre du bureau 1026.

L'ancien policier, aujourd'hui septuagénaire, "a participé à cacher la vérité et devrait être poursuivi pour cela", a conclu le juge.

Sa décision a été saluée par des applaudissements nourris. "C'est un jugement historique", a réagi le frère d'Ahmed Timol, Mohamed Timol. "Nous avons la justice que nous avons attendue depuis quarante-six ans", a-t-il ajouté.

La réouverture de l'enquête Timol a replongé l'Afrique du Sud dans la brutalité du régime de l'apartheid, qui a officiellement pris fin en 1994.

Devant la Haute Cour de Pretoria se sont succédé des médecins légistes, des témoins, des militants anti-apartheid et un ancien policier qui ont décrit les tortures infligées par le régime ségrégationniste.

Entre 1963 et 1990, aux heures les plus sombres de l'apartheid, 73 personnes sont mortes en détention policière et jamais aucun policier n'a, à ce jour, été tenu responsable.

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