Lundi 21 Août 2017

Afrique du Sud : Jacob Zuma vit-il ses dernières heures à la tête du pays ?

Afrique du Sud : Jacob Zuma vit-il ses dernières heures à la tête du pays ?
(Jeune Afrique 08/08/17)
Le Président Jacob Zuma.

Les parlementaires doivent voter mardi 8 août une motion de défiance à l’encontre du président Jacob Zuma, empêtré depuis plusieurs mois dans une myriade d’affaires de corruption. Quel qu'il soit, le résultat du vote ouvrira la voie à une période d’incertitude quant à l’avenir politique du pays.

Jeune Afrique fait le point avec la chercheuse Marianne Séverin, auteure d’Afrique du Sud, 20 ans de démocratie contrastée, paru l’an dernier chez l’Harmattan.

Jeune Afrique : La présidente du Parlement a décidé lundi que le vote de la motion de défiance contre Zuma se fera à bulletin secret. Quelle importance revêt cette décision ?

Marianne Séverin : Elle est énorme. L’opposition réclamait cette disposition, en pensant qu’elle pourrait ainsi récupérer des voix parmi les députés de l’ANC [le parti de Jacob Zuma, NDLR]. Pour cause : beaucoup d’entre eux souhaitent effectivement que Jacob Zuma quitte le pouvoir. Mais ils ne pouvaient pas l’exprimer clairement, par crainte de passer en commission disciplinaire et de perdre leur poste de député − avec tous les avantages qui vont avec. Certains ont également été victimes de menaces et ont peur des représailles. Le vote à bulletin secret leur enlève donc cette épine du pied.

Si la motion de défiance était votée mardi 8 août, que se passerait-il ?

Une conséquence immédiate : la démission du président Jacob Zuma et de l’ensemble de son gouvernement. L’intérim serait ensuite assuré par Baleka Mbete pendant une période de trente jours, le temps que l’assemblée choisisse un nouveau président. Celui-ci resterait en poste jusqu’aux prochaines élections de 2019 et serait forcément issu des rangs de l’ANC, le parti disposant de la majorité absolue au parlement. Difficile de connaître son nom à l’avance, car on peut toujours avoir des surprises. Mais le vice-président Cyril Ramaphosa fait tout de même figure de grand favori.

Ce scénario pourrait néanmoins achopper sur un obstacle de taille, qui se prénomme une fois de plus Jacob Zuma. En effet, même s’il venait à quitter le pouvoir, Zuma resterait président de l’ANC jusqu’aux élections de décembre 2017. Et que se passerait-il à ce moment ? Malgré ses dénégations, serait-il tenté à l’idée de se représenter ? Après tout, l’ANC demeure un parti puissant, qui pèse lourdement sur la conduite de la politique économique et sociale du pays. S’il gagnait de nouveau la présidence du parti − ce qui est toujours envisageable, compte-tenu de ses soutiens au sein de l’ANC − il disposerait d’un puissant levier d’influence pendant les cinq prochaines années. De quoi limiter aussi la marge de manœuvre de son successeur.

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